Du garage gym aux WODs paillettes : le CrossFit devient-il un sport d’égo?

Du garage gym aux WODs paillettes : le CrossFit devient-il un sport d’égo?

Le CrossFit connait un essor sans précédent. Sa médiatisation a contribué à populariser et démocratiser notre sport. Une excellente nouvelle dans la mesure où le rêve de tout owner/coach correctement câblé est de permettre au plus grand nombre de trouver le chemin du bien être et de la santé. Mais depuis quelques temps, l’âme de la discipline semble s’être vendue au diable. Certains pratiquants se sont lancés dans  une Course aux sponsors et aux dotations.

Comptes instagram mégalos, shorts à paillettes et (mauvais) PR à gogo… L’essence même de notre sport ne serait-il pas à la dérive?

 

Les fondements du CrossFit

Créé par Greg Glassman dans les années 1970, le CrossFit est certainement à ce jour la méthodologie  la plus aboutie et la plus complète.

Cet ex -préparateur physique a défini l’athlète le plus complet comme celui étant capable d’être bon dans toutes les qualités physiques qu’il faut développer :

  • Agilité
  • Coordination
  • Endurance cardiovasculaire
  •  Endurance musculaire
  •  Équilibre
  • Force
  • Précision
  • Puissance
  • Souplesse
  • Vitesse

…sans pour autant privilégier ou laisser de côté l’une ou plusieurs d’entre elles.

Les entraînements se déroulent alors au sein même du garage du fondateur avec peu d’espace, peu de matériel. La pratique, encore confidentielle, fait déjà des miracles.

Glassman ouvre ses premières boxs avec un véritable esprit « laboratoire » afin de poursuivre sa quête de l’excellence et consolider les fondamentaux du CrossFit.

Une poignée de convaincus suivront rapidement, partageant tous des valeurs d’humilité, de minimalisme et de solidarité.

Quelques dizaines d’années plus tard, la discipline s’est démocratisée et métamorphosée. Si l’enseignement reste (le plus souvent) conforme aux préceptes originaux, c’est une toute autre ambiance qui règne désormais au sein de la communauté.

 

Pas de miroir ? Pas de problème

« Ici, pas de miroir. Personne ne se juge, personne ne se regarde ». Certes, mais Narcisse possède plus d’une corde à son arc. L’objet « porté disparu » a un bien drôle d’ersatz : le smartphone, arme ultime du selfie.

Le Caravage, Narcisse, 1598-1599.

D’ailleurs, le tout premier Wod de la journée commence souvent dans une voiture. Un « 40 secondes For Time » (durée approximative du feu rouge situé à la sortie du parking du boulot ou de la maison) pour prendre la photo la plus likable possible. Quelques retouches, un filtre plus tard, les 2379 followers de @IamCrossFitMat13 savent qu’il s’apprête à rejoindre la box. Impossible de se défiler, il est attendu au tournant. #Motivation #Nevermissamonday #CrossFitAddict #GohardOrGohome.

17h. Passage obligé dans le vestiaire. C’est là que la magie s’opère : il reste pile 10 minutes pour immortaliser le « momentum » pré-training. Le selfie sera pris dans les mêmes conditions que celui d’hier, d’avant hier et d’avant-avant-avant hier pour être certain d’avoir un rendu fidèle des derniers #Gainz. Si par malheur un bourrelet rebelle venait à s’inviter sur la photo, il prendra grand soin de préciser « Cheat meal Yesterday!! »

17h15. Cet accro à l’open gym n’oubliera pas de faire quelques essais avant de lancer sa vidéo en adossant le téléphone à un un Dumbell, stabilisé par un Bumper, posé lui même sur une Box de plyométrie qui sera orientée à 48° Nord-Est précisément. Un mauvais cadrage risquerait de faire passer toute la communauté à côté d’un #PR au #rameur…

Après l’entrainement, @IamCrossFitMat13 s’auto-congratule virtuellement dans une story pleine de fautes d’accords et de syntaxe… Shaker à la main, visage encore rubi-CON, la CON-gestion est à son apogée. Tout le sang afflue dans les muscles…mais moins dans le cerveau. Forcément.

Bien que ce ne soit pas revendiqué ouvertement, le CrossFitteur partage avec son ami le Body Builder une passion pour l’art du posing : rien n’est laissé au hasard. Mention spéciale pour ce que l’on pourrait appeler la « vue d’avion » (malheureusement pas forcément de chasse..) mettant en scène un opulent 85A*,des abdos aussi saillants que Supa Crew et une petite moue désabusée. Le résultat est encore plus figé et flippant que la chanteuse Cher après son dernier lifting. 

*...Attention les filles, des bruits de couloir circulent : poitrine et Bench Press ne feraient pas bon ménage. @SosoPRsaGogo aurait même précisé Lundi 18 Janvier à 14h06 sur Facebook :  » il paraît que plus tu pousses lourd et moins tu en as… du coup je ne ferai plus que des pompes« .

N’oubliez-pas de tagguer @Lafrenchco_ sur vos meilleures photos.

 

Merci qui? 

A L’instar du banquier, le facteur est devenu le meilleur ami du CrossFitteur. Celui-ci se fait livrer chaque mois (voire chaque semaine) des colis remplis d’accessoires et de compléments alimentaires qui vont l’aider à devenir « une meilleure version de lui-même ». Etre un athlète accompli coûte cher.

Pour tenter de solutionner son découvert (et son anonymat, autant faire d’une pierre deux coup) il existe une technique imparable : citer et remercier la marque auprès de qui la commande a  été passée pour tenter de se faire repérer et sponsoriser. Merci donc, @LaMerDaCoté, @EtreDans, @LespritduNord pour cette « surprise » à 456€.

Mieux. Le CrossFitteur renseigné ira remplir un formulaire de contact situé en bas de page de chaque site de e-commerce pour recevoir son code Ambassadeur -15%. Breaking News : nous avons mené l’enquête… et même ta grand mère qui pense que Twitter est le nom d’un réalisateur anglais peut en avoir un. Un excellent moyen de permettre à ses « amis de circonstance » de profiter d’une réduction et à lui-même d’empocher au passage quelques euros sur leurs dos.

Suite à la lecture de cet article, n’oubliez pas de renseigner le code promo MARIE15 valable sur l’ensemble du site de La French Co. Ne me remerciez pas, c’est avec plaisir.

 

T’as le look, coco

Peut-on épauler 140kg habillé en Monop ? Le mini-short à paillette est-il absolument indispensable pour squatter 110kg? Vais-je être moins efficace sur mes box jumps avec des chaussettes 100% coton? Est -ce que je risque une déchirure musculaire du TFL sans le dernier legging de contention ?

Vous avez 3h.

Le Kimono est profondément ancré dans la tradition du Judo et du Karaté. Il en est de même pour les bottes cavalières et l’équitation, les ballerines pour la danse… En revanche, on peut légitimement se poser la question concernant le poum poum short rose transparent, la brassière push-up à résille et le total look Reebok. Cet étalage de marques et cette uniformisation vestimentaires sont-ils vraiment dans l’ADN de notre sport ? Après la maison témoin, nous vous présentons l’athlète témoin. 

On notera quand même un réel effort de différenciation pour affirmer son « moi profond » (son regard l’est en général beaucoup moins) : un Tee-shirt CrossFit Games 2016 floqué avec son prénom et des Nano/Metcon personnalisées avec ses initiales cousues par des à l’autre bout du monde.

Courtesy of Danny Broflex

 

D’autant qu’il y a là quelque chose de de réellement inégalitaire et crispant : tout le monde n’a pas les moyens d’investir 50€ dans un tee-shirt qui aura tout autant d’auréoles jaunâtres sous les bras qu’un autre après seulement 3 utilisation.

Au sein de La French Co, nous notons d’ailleurs que ceux qui tentent désespérément d’obtenir des réductions sur leur abonnement (et donc de remettre en cause la valeur et la qualité même de notre cœur de métier) n’hésitent en revanche pas à s’offrir les derniers accessoires hors de prix.

Mais le CrossFitteur affiche aussi sa passion dans sa chair. Bien souvent – et nous en sommes très heureux- la discipline à radicalement transformé leur mode de vie et leur quotidien. Les tatoueurs font face à de nouvelles demandes bien spécifiques. Ils peuvent désormais enrichir leurs books avec de nouveaux flashs illustrant le monde merveilleux du CrossFit.  KettleBells sous toutes leur forme, Citations philosophiques « No pain, No Gain’ (NDRL : Pas de Pain, Pas de gain) ou encore coordonnées GPS de la toute première compétition…l’imagination des pratiquants est sans limite.

 

Tous experts comptables !

 

  • Rep’ compte triple

En CrossFit on compte ses propre répétitions. Le reste ne nous regarde pas. Grand bien fasse à Marc-Olivier sil il a une fâcheuse tendance à compter ses DU par 3. Son but est peut être simplement de sortir de l’obésité.. ou de l’isolement. Qu’importe si les pull-ps de Christine ne sont pas totalement « rep ». Elle vient avant tout se dépasser et partager un bon moment avec sa fille. Ni Marc-Oliver ni Christine n’ont pour ambition d’aller aux Games.  

Pourtant, des commères de bas étage (vous les trouverez généralement quelque part entre la surface de Wod et les vestiaires, encore transpirants et torses nus) observent, comptabilisent et critiquent. Ce sont les mêmes qui font courir des rumeurs malveillantes sur le compte d’autres adhérents. Celles-ci partent en général de leur « groupe de discussion » créé sur Whats’app il y a 6 mois et qui leur sert aujourd’hui de défouloir..

Si seulement le « hookgrip » et la magnésie pouvaient les aider à s’accrocher à leurs derniers neurones aussi fort qu’à la barre..

Notre sport est en recherche permanente de la virtuosité. Celle-ci s’acquiert petit à petit, à force de travail, de pédagogie et de patience. Les coachs doivent toujours conserver une démarche positive et proactive en s’interdisant délibérément les affinités marquées et en bannissant de leur langage le « non » pour y substituer un « c’est bien, mais »… 

 

  • Vous reprendrez bien un peu de foodporn? 

Mais plus récemment un tout autre type de calcul est apparu. Celui des macro nutriments. Exit le très alléchant « saumon plancha et son risotto aux cèpes en rentrant à la maison.

Au menu vous trouverez désormais un  » Meal à 393 calories : Glucides 34, Lipides 21, Protéines 17. En dessert ? Un pancake aux protéines chimiques, sans jaune d’œuf (pourtant bourré de vitamines) sinon rien. Ces fameuses protéines qui, à elles seules, permettent de « prendre de la masse sèche » et de soulever lourd. Du très lourd. Là encore la photo est de rigueur. Le CrossFitteur est fier de ses créations culinaires qu’il pèse au gramme près. #EatClean #Healthy .. ou #Orthorexie…?

 

Le syndrome de l’athlète coach.. et du coach athlète

 

  • Tu seras un coach, mon fils

Ah, l’athlète coach. Celui-ci est facile à repérer. Appelons le Jean- Michel Snatchparfait Membre fondateur, il raconte à tout le monde fièrement qu’il s’est abonné avant même que la box ouvre ses portes et qu’il a peint le mur des toilettes. Il a déjà convaincu la moitié de ses collègues de travail, sa mère et son chien de venir faire une séance d’essai.

Cet ayatollah du Crossfit ne jure malheureusement que par le volume.. au détriment de la qualité. Il enchaîne les cours et refait parfois le Wod une deuxième fois dans la journée pour « faire mieux » ou « tester une autre charge ». C’est en partie à cause de lui que le staff à limité le nombre de réservations à 3 créneaux par jour et par personne…et qu’en 4 ans il n’a pas vraiment progressé.

Jean- Michel Snatchparfait compulse un nombre invraisemblable de vidéos et de tutos sur les différents mouvements de CrossFit. Son historique de recherche parle pour lui: il passe plus de temps sur Youtube que sur des sites pornos. La légende dit aussi qu’il cultive un certain fétichisme à l’égard de la chevelure rousse d’Annie Thorisdottir.

 

Parfois, seul dans son salon il s’arme de son manche à balais pour répéter inlassablement un complex de Snatch ou de Clean & Jerk.

Le rêve de Jean Michel s’est concrétisé. Il a gagné le droit de rejoindre le Club très fermé du créneau compétiteur grâce à son premier Muscle-up ring. Même s’il reste tout à fait médiocre par ailleurs et possède une vision limitée du CrossFit. 

C’est en partie à cause de cela que Jean-Michel a pris le melon. Il s’est autoproclamé assistant coach. Avec beaucoup d’assurance mais au final très peu de connaissances, il se permet d’intervenir au cours des Wods ou en open gym pour corriger et conseiller qui bon lui semble…surtout Suzanne, petite brunette aux proportions parfaites qui, paraît-il est célibataire. 

Cette promotion fulgurante d’athlète médiocre au rang d’éducateur sportif est d’autant plus dérangeante qu’il tente de mettre en avant ses propres performances.. sans véritablement souhaiter apporter de l’aide.

Nous rappelons que chacun de nos coachs ont a minima un BPJEPS, une licence STAPS et le Level 1 de CrossFit… Ces diplômes sanctionnent plusieurs années d’études et sont garants de la qualité et de la sécurité des cours que nous dispensons…

 

  • Moi, moi mon moi…

A l’inverse, le coach-athlète, plus connu sous le nom d’insta- coach est un véritable fléau dans notre milieu. Cherchant à tout prix être à être dans la lumière, il vendrait sa femme / son mari pour un like et sa mère pour un repost.

En général, il arrive à peine deux minutes avant le début du cours. Soit parce qu’il s’est entraîné (auquel cas il sera encore en brassière / torse nu et dégoulinant de transpiration), soit parce qu’il est encore parti à la dernière minute de chez lui et n’a une fois de plus pas anticipé les embouteillages.

Si c’est son premier créneau de la journée, il découvre le Wod en même temps que les adhérents. Aucune préparation, l’insta- coach fait tout au talent (qu’il n’a pourtant pas…).

Pour gagner du temps et pouvoir décrypter en paix les hiéroglyphes inscrits au tableau, il lance d’abord l’échauffement sans expliquer la séance. Dès que tout le monde commence à gigoter (plus ou moins bien), il se retrouve en tête à tête avec son SmartPhone pour répondre à ses fans virtuels et vérifier que sa base de followers continue à gonfler proportionnellement à ses chevilles. Si toutefois ce n’est pas le cas, pas de panique :  son album i-cloud contient pas moins de 256 photos de ses fesses (au choix : sur la plage, à la piscine, dans la nature..) qui attendent sagement leur moment de gloire pour relancer sa côte de popularité. 

 

 

Il aime autant parler que faire parler de lui. Il recherche l’approbation en permanence si bien que ses propres performances passent avant celles des adhérents. Dans son esprit, bon coach = athlète accompli et il doit le prouver à la terre entière. Chaque mini progrès fait l’objet d’une vidéo/ photo / story qui sera likée par une poignée de faux comptes achetés sur followerspascher.com. 

Quand l’insta- coach s’entraîne il ne faut pas le déranger. Il risquerait de vous prendre pour responsable de son 7e échec au Clean & Jerk. Mi grande gueule mi Caliméro, il est autant connu pour ses coups de sang sur les réseaux sociaux que pour ses grandes qualités de dramaturge lorsqu’il s’agit de se victimiser.

Il ne suit d’ailleurs pas la programmation de sa propre Box (à croire qu’il ne croit pas en la qualité de son propre travail?) mais la même que celle d’une star du CrossFit pour qui il voue un culte démesuré. Il en a testé une bonne dizaine auparavant…mais il est sûr certain que celle-ci lui permettra enfin d’être la machine (à laver le linge ou la vaisselle) la plus puissante de son village. Il s’astreint donc à faire 3 Wods par jour, boosté par un combo malto- caféine- créatine. Il entrecoupe ses journées de pauses riz-dinde. Grâce à ces sacrifices, il espère dans quelques mois  pouvoir se hisser péniblement dans le top 10 de la prochaine compétition locale.

Du coup, il s’éloigne de son cœur de métier. Il a tendance à oublier que ses adhérents ne poursuivent pas nécessairement les mêmes objectifs que lui et qu’ils n’ont pas non plus ses connaissances (contrairement à ce que pense Jean-Michel Snatchparfait).  Il finira par négliger les plus avancés, ne sachant plus comment les gérer et faire progresser. Et il ne s’adaptera pas vraiment non plus aux néophytes, un peu perdus qui ont besoin de douceur et de réassurance.

Pire,  il « emprunte » à d’autres coachs certains protocoles sans rendre à César ce qui lui appartient. Au lieu d’être un excellent technicien, il sera – au mieux- un bon animateur. Mais bonne nouvelle, cela lui ouvre toutes les portes d’entrées pour partir comme GO au Club Med le jour où il sera considéré comme « trop vieux » ou beaucoup trop mauvais pour continuer à coacher.

L’insta-coach est d’ailleurs en guerre féroce avec le coach- fantôme…qu’on ne voit jamais nulle part. Il n’a aucune présence, aucune aura si bien que certains adhérents ne connaissent même pas son prénom ou pensent qu’il est encore stagiaire depuis 4 ans. Il ne s’entraîne jamais, prétextant toujours avoir eu une longue journée ou être blessé.

Le juste milieu existe, là encore tout est question d’équilibre.. il est possible de partager quelques training avec les adhérents pour leur montrer à quel point nous partageons tous la même passion et ressentons la même adrénaline.

 

Last but not least…

 

Nous sommes contraints de reconnaître que la démocratisation de notre discipline lui a malheureusement coûté en terme d’image.

Malgré tout nous sommes convaincus qu’un maximum de boxs préservent les valeurs insufflées par Glassman en s’entourant d’une équipe de coach ayant la tête bien faite. Nous nous devons de rester le plus possible éloignés du monde du CrossFit paillette pour offrir un service de grande qualité et continuer à nous former dans la plus grande discrétion, toujours avec beaucoup d’humilité…

 

PS  : cet article est bien entendu écrit au second degrés et avec beaucoup d’humilité. Il vise tout le monde (nous y compris) et personne à la fois. Nous espérons néanmoins que, dans le meilleur dès cas, il aura le mérite de faire réfléchir l’ensemble de la communauté… et dans tous les cas, la faire sourire.

 

 

 

Auteur :

Marie SEMERDJIAN

 

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